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25 septembre 2026

Auteur : Olivier Carnet

CSRD : ESRS révisées et VS (ex VSME) entrent en vigueur

La publication le 21 septembre 2026,  au Journal officiel de l'Union européenne, des ESRS révisées et de la norme volontaire VS marque la fin d'une période d'incertitude pour les entreprises concernées. Le contenu des normes est enfin stabilisé, le calendrier et les modalités d'application fixés. Le reporting de durabilité européen sera moins volumineux qu'on ne l'imaginait en 2023, mais il ne disparaît pas. Il se déplace : moins de données chez les grands groupes, et un format commun pour tous les autres. 

Pour la plupart des entreprises, la bonne question n'est plus de savoir si elles sont concernées, mais quand et comment elles veulent s'en saisir. Nous vous éclairons dans cet article sur ce que change avec cette publication au Journal officiel. 

 

A propos de la publication au Journal officiel

En février 2025, la Commission présente le paquet dit « Omnibus », destiné à alléger les obligations de reporting et de vigilance issues du Pacte vert. Le texte est définitivement adopté par le Conseil le 24 février 2026, puis publié au Journal officiel de l'UE le 26 février 2026, avec une entrée en vigueur le 18 mars 2026.

Après leur adoption par la Commission le 3 juillet 2026 deux textes sont parus au Journal officiel de l'Union européenne le 21 septembre 2026. Le premier, le règlement délégué (UE) 2026/1563, remplace les ESRS actuels par une version révisée et simplifiée. Le second, le règlement délégué (UE) 2026/1560, crée une norme volontaire pour les entreprises qui ne relèvent pas de la CSRD.

Leur publication, à l'issue de la période de contrôle du Parlement européen et du Conseil, leur donne désormais force obligatoire. Les dates d'entrée en vigueur diffèrent : le 24 septembre 2026 pour la norme volontaire, le 10 novembre 2026 pour les ESRS révisées.

Les ESRS révisés : moins de données, même architecture

Ce qui change (ou pas) pour les entreprises concernées par la CSRD

Commençons par ce qui ne change pas, car c'est le point le plus important pour les entreprises qui sont déjà engagées concernées par les normes ESRS.

Les entreprises concernées devront toujours établir un rapport de durabilité et réaliser une analyse de double matérialité afin d'identifier leurs impacts, risques et opportunités matériels (IROs). Ce principe avait été remis en question au printemps. Certains plaidaient pour un alignement sur la seule matérialité financière, au nom de la compatibilité avec les normes internationales de l'ISSB. La Commission ne les a pas suivis, elle a maintenu la double matérialité.

Ce qui change, c'est le volume. Selon la Commission, la révision conduit à une baisse de plus de 60 % des points de données obligatoires, de plus de 70 % du nombre total de points de données, et à une réduction estimée à plus de 30 % des coûts de reporting. 

Les douze normes sont conservées. En revanche, les normes sectorielles, qui devaient venir compléter ce socle commun, ne verront pas le jour. La Commission y a purement et simplement renoncé.

Au-delà des chiffres, plusieurs évolutions de fond méritent l'attention :

  • La première concerne l'analyse de matérialité, qui devient plus ciblée, afin que les entreprises concentrent leur reporting sur les informations relatives à leurs enjeux matériels. En pratique, cela devrait réduire la tentation de tout documenter par précaution, qui a rendu certains rapports de la première vague illisibles.
  • La deuxième touche à la notion d'image fidèle. Le texte précise qu'elle s'apprécie au regard de l'état de durabilité dans son ensemble, et non point de donnée par point de donnée. C'est un changement de posture discret mais réel. Un rapport ne sera plus jugé à l'aune de chaque case remplie, mais sur sa capacité à donner une vision juste de l'entreprise.
  • La troisième porte sur la souplesse de préparation, avec plus de latitude sur le niveau de détail de certaines informations et sur les cas où leur omission peut être justifiée.
  • La quatrième concerne les information en matière de gaz à effet de serre. Les ESRS révisés renforcent l'alignement sur les standards internationaux de comptabilisation des GES, avec la possibilité de retenir une approche par le contrôle financier ou par le contrôle opérationnel pour définir le périmètre de reporting. Pour les entreprises qui pratiquent déjà le GHG Protocol, c'est une source de friction en moins.
  • Enfin, le texte apporte des ajustements techniques pour mieux s'articuler avec la directive sur le devoir de vigilance.

Côté audit, les choses se sont aussi clarifiées. Le passage à l'assurance raisonnable, initialement envisagé vers 2028, a été abandonné. L'assurance limitée reste le seul niveau exigé. Le référentiel de certification, lui, n'est pas encore là : la Commission a jusqu'au 1er juillet 2027 pour le publier.

Quel calendrier pour les entreprises concernées par la CSRD ?

Les ESRS révisées s'appliqueront aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027, soit aux rapports publiés en 2028.

La publication au Journal officiel lève l'incertitude qui pesait sur l'application anticipée. Pour l'exercice 2026, les entreprises concernées auront ainsi trois possibilités : appliquer les ESRS actuels, appliquer les ESRS actuels complétés par une série d'allègements, ou basculer entièrement sur les ESRS révisées. 

 

La norme volontaire VS : un cadre officiel pour les entreprises non soumises à la CSRD

Aux origines de la VS, la VSME...

Le second règlement délégué concerne la très grande majorité des entreprises, celles qui ne sont pas — ou plus — soumises à la CSRD.

L'EFRAG avait précédemment élaboré en parallèle des normes ESRS, une norme volontaire pour les PME non cotées : la VSME. La Commission recommande aux entreprises d'utiliser cette norme VSME pour élaborer leur reporting de durabilité depuis le 30 juillet 2025.

Avec la publication de ce nouveau règlement délégué, elle lui donne désormais une base juridique. Au passage, son nom évolue : la Commission parle désormais de « VS » (Voluntary Standard), mais le terme VSME reste largement employé, et les deux désignent le même référentiel. Les entreprises qui ont déjà commencé à travailler sur la VSME peuvent ainsi capitaliser sur leurs premiers travaux.

La norme reprend en effet une logique modulaire calquée sur la VSME. Le module de base (B1 à B11) suffit à la plupart des PME ; le module complet (C1 à C9) répond aux attentes des banques et des investisseurs. Le module de base couvre les thèmes essentiels, dont l'énergie et les émissions de scopes 1 et 2, la pollution, la biodiversité, l'eau, l'économie circulaire et les caractéristiques de la main-d'œuvre. Le module complet va plus loin, avec notamment les risques climatiques, la diversité et la stratégie de réduction des émissions.

Dans les deux cas, aucun audit externe n'est exigé.

La norme VS est entrée en vigueur le 24 septembre 2026. Depuis cette date, toute entreprise qui n'est pas soumise à la CSRD peut l'utiliser.

 

Le plafond de la chaîne de valeur, vrai sujet de la réforme

Le principe est simple : les entreprises soumises à la CSRD ne peuvent en principe pas exiger des entreprises de leur chaîne de valeur employant au plus 1 000 salariés plus d'informations que celles couvertes par la norme volontaire. Ce plafond découle de l'Omnibus lui-même et s'applique de manière obligatoire à compter du 1er janvier 2027. C'est ce qu'on appelle le plafond de la chaîne de valeur, ou « value chain cap ».

La norme volontaire vise justement à éviter la multiplication de questionnaires ESG hétérogènes et excessivement détaillés adressés aux PME et ETI de la chaîne de valeur des groupes soumis à la CSRD. Elle devient ainsi pour ces entreprises, à la fois un outil de communication ESG et un moyen de canaliser les demandes formulées par les groupes assujettis.

Attention, le plafond ne vaut que pour les informations collectées pour le propre rapport CSRD du demandeur. Il ne limite pas les demandes nécessaires au respect d'autres obligations légales, européennes ou nationales. 

Pour les PME et ETI, un intérêt qui dépasse le plafond de la chaine de valeur

Pour les PME et ETI, le message est rassurant : le cadre est clair, proportionné, accessible et directement valorisable.

Le module de base est en effet à la portée de toutes les entreprises, y compris les plus petites. Il demande surtout de l'organisation : savoir où sont les données de consommation d'énergie, d'effectifs et de déchets, et désigner quelqu'un pour les rassembler une fois par an.

Il y a aussi un intérêt qui dépasse le plafond de la chaîne de valeur. Une PME qui publie un rapport selon la norme volontaire se présente différemment face à sa banque, à ses clients et à ses futures recrues. Elle peut montrer ce qu'elle fait, avec des indicateurs connus et reconnus. C'est un gage de fiabilité et de comparabilité.

Pour celles qui visent des appels d'offres de grands comptes, c'est également un avantage compétitif, en particulier pour les pionnières qui adopteront ce rapport volontaire avant qu'il ne s'impose dans les pratiques du plus grand nombre.

Enfin, ne l'oublions pas, le rapport de durabilité n'est pas un simple exercice de reporting. Même dans sa version volontaire, il reste un outil de pilotage précieux pour les entreprises soucieuses de leur résilience et de la durabilité de leur modèle d'affaires.

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